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mercredi 20 novembre 2013

Une nouvelle affiche pour le bal de Prend Garde aux loups

Je vous avais déjà parlé de Prends garde aux loups puisque j'avais réalisé une affiche en mai dernier pour un bal dans lequel ils se produisaient et que j'avais filé un coup de main lors du bal en question. Le groupe rejouera lors d'un bal au babillard fin novembre et j'ai à nouveau été sollicitée pour aider à réaliser l'affiche. A dire vrai, mon apport cet fois-ci est purement technique et non artistique.


Le très beau dessin qui constitue le fond de l'affiche à été réalisé par Florine (son blog ici) qui en plus d'être une amie, est une personne de grand talent. Mon travail à moi, c'était d'ajouter le texte en respectant la hiérarchie des informations, tout en prenant garde à ne pas écraser le dessin. Un équilibre subtil à trouver mais je crois m'en être plutôt bien sortie.
J'ai aussi fait de la retouche d'image car, en raison d'un changement de dernière minute du second groupe, Florine a du supprimer en catastrophe les escargots représentant les membres de Caracole, le groupe qui devait initialement partager l'affiche avec Prends garde aux loups. Résultat, des "caches" apposés sur les parties du dessin concernées et dont j'ai du effacer les bords que l'on voyait légèrement apparaitre. Si vous ne voyez rien sur l'affiche finale, c'est que j'ai bien réussi mon coup.

A gauche, escargot, au centre le "cache" réalisé par Florine, à droite la version retouchée.

Tout ça pour vous dire que parfois, le travail du graphiste c'est de faire en sorte qu'on ne se rende pas compte qu'il a touché à quoi que ce soit. Un travail invisible, mais étrangement gratifiant. 

jeudi 14 novembre 2013

Interview de l'auteur de Scandaleuse Élisabeth

Le Bal Paré, de Jean-Antoine Duclos, d'après Augustin de Saint-Saubin, 
gravure de 1774 où l'on voit danser une "Allemande" 
danse au cours de laquelle les héros du roman échangent leur premier regard.

Je vous propose de compléter et de finir le cycle d'articles sur la romance par l'interview de l'auteur du livre dont j'ai fait la critique dans mon article précédent : Éléonore Fernaye

Bonjour Éléonore, Scandaleuse Élisabeth est votre premier roman, qu’est-ce qui vous a amené à devenir écrivain, et qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce genre particulier qu’est la romance ?
J’ai toujours aimé et voulu écrire mais, pendant longtemps, cette envie est restée dans un coin de ma tête. Dans le même temps, la romance est un genre que j’affectionne particulièrement, notamment la romance historique. Je me disais qu’il pouvait y avoir des choses intéressantes à raconter d’un point de vue plus « français », et c’est ainsi que j’ai fini par me lancer.

On l’a vu la romance est un genre particulièrement rigide, quelle est votre méthode pour créer un roman original sans sortir de la structure imposée ? Avez-vous eu la tentation de « casser » cette structure et si oui pourquoi avoir finalement décidé de ne pas le faire ?
Je ne pense pas que la romance soit « particulièrement rigide ». Pour moi, c’est un genre fait de règles tacites et acceptées de tous, les lecteurs comme l’auteur, mais ces règles peuvent être contournées ou détournées à l’envi. Personnellement, j’ai choisi d’axer l’originalité de mon roman sur la période et les situations, plutôt que sur une construction « iconoclaste ».
J’avoue que, si j’ai eu envie de créer quelque chose d’un peu original, j’ai préféré me fier à une trame « classique » qui me permettrait de prendre mes marques dans ce premier roman. Mais il est possible que j’évolue à mesure que j’écrirai d’autres livres.

Le lieu et l’époque que vous avez choisis sont des options très rares dans la romance, quelles étaient les raisons de votre choix ? Notamment, pourquoi avoir choisi Paris plutôt que Versailles qui était le lieu de résidence d’une grande partie des nobles ?
J’ai précisément choisi cette période parce qu’elle est très peu exploitée dans la romance historique, alors qu’elle est, selon moi, très propice aux intrigues et aux passions, et qu’en plus elle a fait naître tout un imaginaire, ne serait-ce qu’autour de Marie-Antoinette, par exemple.
Contrairement à l’idée reçue, après le règne de Louis XIV, la cour s’est réinstallée à Paris et, en dépit du retour à Versailles ordonné par Louis XV et Louis XVI, la vie culturelle et sociale est restée dans la capitale. Sous Louis XVI, les nobles préféraient faire deux heures de carrosse pour dormir à Paris, sous prétexte que Versailles était d’un ennui mortel ! En fait, n’y résidaient à plein temps que la famille royale et quelques chanceux titulaires d’une charge à la cour. Enfin, la vie là-bas était hors de prix et, compte tenu de l’état financier de la famille de l’héroïne, le choix de demeurer à Paris me paraissait plus légitime.

On sent que vous avez une grande connaissance de l’époque dans laquelle vous situez l’action avez-vous fait beaucoup de recherches préalables spécialement pour le livre ou est-ce une époque qui vous intéresse depuis de nombreuses années ? Par ailleurs comment menez-vous ce travail de recherche ?
Je ne m’estime pas grande connaisseuse du XVIIIème siècle, je suis plus calée sur le siècle précédent – en revanche, il est vrai que j’ai une passion pour Versailles. Du coup, j’ai dû effectuer pas mal de recherches, que ce soit pour vérifier des événements marquants, comme les dates de présence de Benjamin Franklin en France, ou des détails qui peuvent paraître insignifiants mais qui me tenaient à cœur (le temps de trajet entre deux villes, l’organisation spatiale de Paris à l’époque…).
Comme j’ai étudié l’histoire, j’avais quelques manuels sous le coude et j’ai pu, à partir de là, me constituer une bibliographie, même si je m’inquiétais des détails historiques à mesure que j’écrivais l’histoire. J’ai également beaucoup consulté d’œuvres picturales (en particulier des tableaux) pour avoir une idée précise de l’habillement, ou des plans d’hôtels particuliers pour savoir me repérer ! Ensuite, nous avons la chance aujourd’hui d’avoir Internet, et des passionnés mettent parfois en ligne des choses qui m’ont été extraordinairement utiles.

L’intégration des informations historiques est un des points très réussi du roman, quelle est votre méthode pour distiller les informations historique et faire sentir le contexte sans étouffer le lecteur et ralentir la progression du récit ?
Je suis heureuse de le savoir, pour être honnête, j’avais parfois peur de noyer le lecteur ! En fait, je me suis dit qu’un simple rappel pouvait être parfois plus intéressant que des détails factuels qui n’apportent pas forcément beaucoup à l’histoire. Néanmoins, j’avoue que je n’ai pas de méthode, je l’ai fait à l’instinct.

La situation des femmes à l’époque ne semble guère enviable, est-ce difficile de créer un personnage principal féminin fort dans un contexte où les femmes n’ont, semble-t-il, aucune autonomie possible à moins d’être veuve ?
Il est possible que j’aie noirci le tableau pour rendre la rébellion d’Elisabeth plus criante, mais il est vrai qu’une jeune fille célibataire avait très peu de libertés, à moins de choisir d’entrer au couvent (et encore…). En revanche, une femme mariée pouvait sortir, tenir salon, recevoir du monde… en France, et notamment à Paris, ce sont les femmes qui se trouvaient au cœur de la vie intellectuelle ; disons qu’elles n’avaient sans doute pas les mêmes libertés que nous aujourd’hui, mais qu’elles apprenaient à jouer et à profiter au maximum de celles qu’elles pouvaient trouver dans leur quotidien.
Créer un personnage féminin fort était pour moi une condition sine qua non à l’écriture de ce roman – il aurait été, je pense, beaucoup moins intéressant de suivre les aventures d’une jeune fille insipide. Du coup, l’inspiration m’est venue assez facilement, même si j’ai eu peur tout du long de frôler la caricature.

Le roman se déroule en 1778, à une petite dizaine d’année à peine de la révolution française, comptez-vous dans les prochains tomes faire avancer le récit jusqu'à celle-ci ? Si oui saura-t-on ce qu’il va advenir des personnages de Scandaleuse Élisabeth face à ce bouleversement, je pense notamment aux parents de l’héroïne et à sa meilleure amie, qui sont nobles et risquent de se retrouver dans une situation dangereuse ?
J’ai en tête deux tomes supplémentaires, un pour le frère aîné et un pour la sœur cadette d’Elisabeth et, oui, j’ai l’intention d’avancer au fur et à mesure dans la chronologie, jusqu’à rattraper la Révolution. Et comme, si j’étais lectrice, je m’angoisserais aussi pour les héros et leur entourage, j’essaierai d’aborder leur devenir pendant cette période troublée.

Merci beaucoup à Éléonore pour ces réponses instructives.

dimanche 21 avril 2013

Geek-isme en question (2)

Nous avons pas mal parlé avec Soeur de la notion de "geek". À la base elle devait m'écrire un bout de texte pour compléter mon article mais même si j'ai beaucoup aimé ce qu'elle a écrit, je trouvais que cela s'intégrait mal avec ce que j'avais pondu de mon côté. Comme c'est tout de même très intéressant comme point de vue, j'ai décidé de finalement en faire un article à part. Voici donc la contribution de Soeur au débat :
"Le geek nous vient des États-Unis. Ou plutôt, l’appellation vient de là-bas. Comme on a tous vu des films et séries qui se passent aux États-Unis, par exemple dans les lycées, on sait qu’il existe des « clans », des groupes définis transposables dans tout établissement ou presque et qui se reconnaissent à leurs attributs et leurs attitudes. Dans ces définitions de groupe, le geek ne fait pas très envie. Défini de manière générale comme quelqu’un d’obsédé par un domaine particulier, en général en rapport avec les nouvelles technologies (« an enthusiast or expert especially in a technological field or activity <computer geek> », selon Merriam-Webster), il se remarque aussi pour son inaptitude sociale. Par cet aspect, il se rapproche un peu du nerd, l’intello de base sur lequel on tape mais à qui on fait faire ses devoirs. L’origine du mot l’explique bien : le geek, au départ, est un personnage de foire. Le geek se produisait dans les foires, et se faisait remarquer en arrachant la tête de poulets ou serpents vivants avec sa bouche, ou en mangeant du verre. Voilà, ça, c’est dit. Donc, par extension, le terme s’est ensuite appliqué à toute personne faisant un boulot considéré bizarre par la société. Donc... vous me suivez ? Programmeur informatique ! Dans notre société contemporaine, le geek a donc d’abord désigné les passionnés d’informatique ou les gens travaillant dans le domaine, ayant une vie sociale peu développée. Les élèves ou étudiants répondant au même profil, appelés eux-aussi geek, étaient (sont ?) souvent sujet de moqueries et de brimades. Mais du fait de l’importance grandissante de la programmation informatique dans nos vies, le geek a pris de l’importance, du pouvoir et est donc à présent bien moins ringard, voire même revêtu d’un halo de lumière (et la tête coiffée d’une pomme à moitié mâchouillée). La conclusion de la définition reviendra donc à la sagesse populaire : « Geeks are the people you pick on in high school and wind up working for as an adult » (vous vous moquez d’eux au lycée, mais vous travaillerez pour eux plus tard)."